L’Oasis de Kandahar est reconnue depuis des millénaires pour ses fruits : les petits raisins Kirmish, oblongs et d’un vert doré translucide; les gros raisins Ayta, qui, selon une coutume ancienne, sont étalés à sécher sur le sable du désert pour produire un raisin sec de la taille d’une datte; des grenades rubis; des amandes; des abricots; des figues; de succulents melons. Selon des documents cunéiformes, le tribut payé par Kandahar à Babylon fut compté en raisins.
 


Le vendeur de grenades,
Tirin Kot, province d’Urozgan

En raison de la rareté de l’eau, tous les vergers de Kandahar sont irrigués plutôt qu’arrosés par la pluie. Il y a plusieurs siècles, les habitants de la région ont taillé dans le roc, selon une technique aujourd’hui oubliée, des aqueducs souterrains pour canaliser l’eau de fonte des neiges, des montagnes jusqu’aux vergers de la vallée. On appelle ces aqueducs « karezes ». Aujourd’hui, un chapelet de trous de forage verticaux, tels des cratères volcaniques, témoigne de leur présence. Les fermiers y descendent, à la lumière de lampes à l’huile sans fumée et nettoient les débris qui font obstacle au précieux cours d’eau. Pour sa part, le district d’Arghandab, réputé dans tout l’Afghanistan pour ses grenades, est abreuvé par une rivière. Les fermiers y pompent l’eau pour arroser leurs vergers entremêlés, à l’aide de pompes au diesel. Ailleurs, on fore des trous profonds pour atteindre la nappe d’eau.

Ce type d’agriculture irriguée est particulièrement vulnérable aux affres de la guerre. Les fermiers assiégés sont incapables d’entretenir les karezes et leur machinerie; les vergers et les vannes des canaux sont délibérément minés; les aînés des villages sont dispersés et ne peuvent se réunir pour délibérer des droits à l’eau et des corvées de nettoyage des canaux d’irrigation.

La région de Kandahar a beaucoup souffert de tous ces problèmes durant la guerre, qui sévit presque sans relâche depuis 1980. En plus de ces épreuves, sept années de sécheresse ont affaibli la région jusqu’en 2003 et décimé les célèbres vergers de la région.

Malgré tout, grâce à la paix relative des quelques dernières années et à une pluie bienfaitrice, les fermiers ont pu planter de jeunes arbres par milliers. Le but explicite de la coopérative Arghand est d’accroître le marché de ces légendaires récoltes, en travaillant directement avec les producteurs afin d’augmenter leur part de revenus à valeur ajoutée. Nous nous concentrons sur les récoltes locales traditionnelles et sur les herbes indigènes, travaillant au besoin avec des fermiers de la région, pour augmenter la production de certaines plantes dont le marché s’est tari pendant les années de guerre.


Les produits Arghand sont notamment constitués
des matières brutes suivantes :


Racine d’orcanette:
Cette racine noire à la peau feuilletée comme du papier donne au savon Anisette sa couleur violacée.

Anis: Cette herbe aromatique est cultivée en petites quantités dans les fermes de la région. Nous travaillons avec les agriculteurs de Khakrez pour nous procurer les graines d’anis qui parfument le savon Anisette.

Noyau d’abricot:
Bien que l’abricot ne constitue pas le principal produit de l’agriculture locale, la région de Kandahar en compte au moins quatre variétés. Dans chaque verger d’Arghandab, dispersés parmi les grenadiers, cinq à dix abricotiers produisent les fruits qu’on offre aux invités. Pour s’approvisionner en abricots, Arghand travaille avec Abd al-Manan, l’aîné d’un village d’Arghandab. Ensemble, nous passons le mois de juin à faire de la confiture d’abricot pour le marché local et réservons les noyaux pour notre savon Amandine.

Artemisia (A. persica et A. cina):
Les aînés de Kandahar prétendent que chaque plante sauvage de leurs montagnes possède des vertus médicinales. L’une des plus populaires est l’Artemisia, parente de la sauge et de l’absinthe. Arghand utilise deux différentes espèces d’Artemisia dans les savons Fleurs du désert et Élixir d’Artémis.

Cumin noir (Nigella sativa):
Cette variété de cumin particulièrement puissante est surtout cultivée dans le village de Khakrez. Ces plants vivaces tirent leur nourriture d’une boule de racines compactes, tandis que chaque graine de cumin pend au bout d’une branche chétive. Le cumin qu’utilise Arghand provient des terres de son directeur, Shafiullah Afghan.

Graine de ricin:
Le ricin pousse en abondance autour de Kandahar. De temps en temps, Nurallah et Abd al-Ahad partent en camion et coupent les capsules de graines, en racontant des histoires inventées aux jardiniers municipaux. L’huile de ricin confère aux savons Arghand leur mousse dense.

Racine de réglisse: Cette racine pousse à l’état sauvage dans les jardins et les vergers de Kandahar. Arghand travaille avec les fermiers locaux pour promouvoir la culture de la réglisse, dont la racine connaît une importante demande internationale, en raison de ses propriétés culinaires et médicinales, en plus de répondre aux besoins d’Arghand. La racine de réglisse donne au savon Anisette sa couleur dorée et contribue à son parfum.

Racine de garance:
Cette mince racine produit la teinture qu’on appelait autrefois « rouge turc » ou « rouge indien ». On utilise cette teinture dans les tapis afghans, tout comme dans les savons Pomme-grenade et Rose de Kandahar.

Pépin de grenade: On ne peut passer outre le flot de récentes découvertes scientifiques sur les vertus de la grenade. En plus de ses propriétés antioxydantes et anticancéreuses, une étude de l’école de médecine de l’Université du Michigan a démontré, en 2006, que l’huile des pépins de la grenade, appliquée sur des cellules de peau, les régénère et les densifie. Il n’est donc pas surprenant que les agriculteurs de l’Arghandab soient réputés pour la douceur et la souplesse de leur peau. D’ailleurs, si les grenades ont joué un rôle important dans la mythologie et les légendes locales, c’est peut-être que leurs propriétés sont depuis longtemps reconnues.

Certains disent même que le fruit défendu dans le jardin d’Éden était non pas une pomme mais bien une « pomme » grenade. Par ailleurs la mythologie grecque raconte que la déesse Perséphone ne put résister à quelques pépins de grenade pendant sa captivité auprès d’Hadès et nous amena ainsi l’hiver. Aussi, un poète persan du 11e siècle décrivait les grenades qui fendent sous le soleil d’automne pour révéler leur précieuse cargaison de pépins rubis :

[Dans les vergers]
Les grenades, comme les innocents,
Exposent le secret de leur cœur
À l’univers entier.


De ces fruits fendus regorgeant de pépins rubis, les membres d’Arghand retirent et nettoient laborieusement un cœur dur et blanc, dont ils extraient l’onctueuse huile dorée, qui est l’un des principaux ingrédients des savons Arghand.

Rosa damascena:
La rose R. damascena produit l’essence la plus fine, dont se servent les grands parfumiers. Indigène de Kandahar, elle est également appelée «Rose de Kandahar ». Ici, l’art de distiller l’essence de cette rose est si ancien qu’en pachtou, langue parlée dans le sud de l’Afghanistan, le mot désignant la rose est «
gul gulab» ou «fleur d’eau florale». Or, la guerre a presque anéanti cette tradition, et les rosiers de Kandahar sont devenus rares dans la région. Cette année, Arghand s’est entendue avec les fermiers du district de Panjwayi, à l’ouest de la ville, pour que chacun plante un demi-acre de roses. Nous leur apprenons, ainsi qu’à d’autres producteurs, à cueillir les fleurs le matin, dès qu’elles s’épanouissent, en laissant sur place la tige et les feuilles. Les roses sont ensuite distillées dans un alambic en acier inoxydable de qualité culinaire, afin de séparer l’huile essentielle de l’eau de rose, que nous vendons localement.

Amande douce:
La province d’Urozgan, directement au nord de Kandahar, est spécialement réputée pour ses amandes. Desservie par une route à peine pavée, Urozgan reste l’une des régions d’Afghanistan les plus isolées, les plus pauvres et les plus dangereuses. Arghand s’y approvisionne en amandes auprès d’un aîné du village nommé Habibullah (« Bien-Aimé de Dieu »).

Amande sauvage:
Dans les crevasses des rocailles au nord de Kandahar, on peut apercevoir les branches noueuses de quelques arbres têtus. Ce sont des amandiers sauvages. Les pasteurs nomades, ou Kuchis, en cueillent les noyaux au passage de leurs troupeaux. Les femmes de la coopérative cassent patiemment ces petites noix, et l’huile qu’elles produisent, qui est aussi émolliente que celle des noyaux d’abricots, compose nos savons et nos huiles essentielles Amandine et Élixir d’Artémis. C’est le gardien du temple du village de Khakrez qui nous approvisionne en amandes sauvages.